RDC : Felix Tshisekedi, président le mieux élu !

RDC : Felix Tshisekedi, président le mieux élu !

Selon les chiffres de la Ceni, organisatrice du scrutin, le président sortant a décroché plus de 73 % des voix.

La chose était entendue depuis des jours. L’annonce de la réélection du président congolais Félix Tshisekedi pour un second mandat (le dernier selon la constitution, sauf s’il devait être tenté de modifier cette dernière) a été confirmée ce 31 décembre.

Selon les chiffres fournis par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le président sortant aurait raflé 73,34 %. Son second, l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, récolterait 18,08 %. Martin Fayulu qui se trouverait sur la troisième marche des chiffres provisoires se contenterait de 5,33 %, quant au Prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, il ne récolterait que 0,27 %, soit moins de 40 000 voix sur un total de 44 millions d’électeurs inscrits et une participation de 43 %.

Avec ce score fleuve, Félix Tshisekedi parvient pratiquement à doubler le chiffre de 38,5 % annoncé par la Ceni en 2018, lors de sa première victoire déjà nimbée de mystères et d’une solide dose de tripatouillages en coulisses. (Il était crédité, selon les chiffres obtenus notamment par les observations de l’Église catholique, de moins de 15 % et de la troisième place lors de ce scrutin).

Il devient aussi le candidat le mieux élu de la jeune et chaotique démocratie en RDC. Loin devant les 58 % obtenus par Joseph Kabila, au second tour face à Jean-Pierre Bemba en 2006, et bien loin des 48,9 % du même Kabila en 2011 lors du premier scrutin à un tour lors duquel il s’était imposé devant Étienne Tshisekedi.

Front de l’opposition

Le scrutin du 20 décembre a été marqué par une incroyable série de couacs, de tricheries et une organisation sciemment chaotique. Les principales figures de l’opposition, incapables de taire leurs ego avant le scrutin pour présenter un front uni face à la fraude qui se dessinait, ont réussi, ce 31 décembre, à signer un communiqué commun qui rejette “catégoriquement le simulacre d’élection”, exige “l’organisation de vraies élections” et appelle le peuple à “rester mobilisé” pour sauver la démocratie et à manifester contre “les voleurs de voix” à travers tout le pays.

Les premiers mécontents n’ont pas attendu cet appel pour descendre dans la rue à Kinshasa mais aussi et surtout à Beni, Bunia et Goma dans cette partie Est de la RDC où la guerre a repris sous le mandat d’un Félix Tshisekedi incapable de faire taire les armes, qui a multiplié les menaces, qui a fait de cette guerre, qu’il présente comme une agression du Rwanda, son principal argument de campagne.

Bilan à chercher

Les chiffres annoncés par la Ceni pour couronner cette victoire sont, au sens littéral du terme, incroyables. Dans un scrutin à un tour, face à plus de vingt candidats, avec un bilan aussi famélique que celui de Tshisekedi, ces résultats ne peuvent qu’être issus d’un nouveau tripatouillage, surtout quand on sait que le vote au Congo est d’abord ethnique. Certes, la Ceni a concédé la victoire dans le grand Katanga et dans le Maniema à Moïse Katumbi mais il s’est octroyé la première place dans le deux Kivu et l’Ituri, zones swahilophones où le président sortant a essuyé les quolibets de la foule pendant sa campagne.

Une foule congolaise qui attendait beaucoup de ce fils d’opposant devenu président et qui est obligée de constater que le retour du fils prodigue n’a débouché sur aucune avancée positive pour le pays. Le narratif créé par ses communicants met en avant la gratuité scolaire que Félix Tshisekedi a décrétée et qui aurait ramené deux millions d’enfants sur les bancs de l’école. Un chiffre invérifiable. Par contre, il n’est guère compliqué de voir que pour accueillir cette vague réjouissante d’élèves, la RDC n’a construit pratiquement aucune école, n’a pas engagé d’enseignants qu’elle paie toujours aussi mal et de manière erratique, et n’a donné aucune impulsion au budget du ministère de l’Éducation.

Perspectives compliquées

Dans ce bilan, impossible de passer sous silence les relations de cet immense État avec ses neuf voisins qui avaient accueilli avec bienveillance Félix Tshisekedi lors de sa désignation en janvier 2019. La RDC a rejoint le bloc des pays de l’East African Community (Kenya, Sud-Soudan, Tanzanie, Ouganda, Rwanda et Burundi). Des États (à l’exception du Rwanda) que Kinshasa a mis à contribution pour tenter de ramener la paix dans l’Est avant de les éconduire de façon humiliante faute de résultat.

Sur le front de l’Est, il faut désormais aussi observer les faits et gestes de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) coordonnée par Corneille Nangaa, l’ancien patron de la Ceni, qui fut aussi un des témoins de l’accord signé entre Kabila et Tshisekedi pour le partage du pouvoir en janvier 2019. L’homme a annoncé le soutien de divers groupes militaires et son intention de marcher sur Kinshasa, rappelant la musique qui était née dans la foulée de l’AFDL conduite par Laurent-Désiré Kabila qui avait finalement renversé Mobutu. Tshisekedi n’est pas Mobutu mais les équilibres régionaux sont assez semblables et le premier mandat brouillon et dénigrant de Tshisekedi a éreinté la patience de ses voisins.

Dans ce contexte, il faut aussi rappeler que les premières manifestations intenses de grogne contre l’annonce de la victoire de Tshisekedi se sont déroulées dans l’Ituri et le Nord-Kivu, bases de lancement de l’AFC.

Enfin, après la présidentielle, viendra rapidement le temps de l’annonce des résultats des législatives où ici encore, la tricherie a régné en maître. Si Tshisekedi décidait de se couper de quelques barons populaires pour les troquer contre ses amis, il risque de multiplier encore la grogne et de gonfler les rangs des mécontents.

Malgré les chiffres d’une popularité exceptionnelle, le prochain mandat ne s’annonce pas serein.

La Libre – Maroc Meteo